Témoignages

Histoire de Ramappa et de sa famille
Récit rapporté par un de nos parrains

 

012813.photo famille A.Menez

Ramappa et sa famille

C’était en 1977, au nord du Tamil-Nadu) où je venais régulièrement. J’ai rencontré plusieurs fois Ramappa soit traînant sa jambe droite en marchant, soit assis sur un muret, toujours souriant et me gratifiant d’un « Hello sir » à mon petit signe de tête. Un jour, je me suis arrêté pour lui demander ce qui se passait avec sa jambe, et il m’a raconté son histoire.

Un peu plus d’un an auparavant, il travaillait comme homme à tout faire dans une entreprise de la bourgade. Sa femme faisait des ménages. Leurs deux salaires, avec la carte de rationnement, attribuée par le Gouvernement aux familles pauvres, leur permettaient de survivre et d’élever leurs trois enfants. Ils vivaient dans une maison en brique de 20 m² sans eau et sans toilettes, mais avec l’électricité.

Un drame survint. Un ami l’avait emmené en moto faire une course dans un village voisin et une voiture les a renversés. Son ami a eu les deux jambes coupées et Ramappa s’en est sorti avec la jambe droite très abîmée. Il a subi plusieurs opérations, six mois d’hôpital, suivis de six mois de rééducation. Il a perdu son travail, et n’a perçu aucune indemnité. Limité par son handicap, il n’est pas arrivé pas à retrouver du travail. Il s’est alors occupé de la maison et de l’éducation de ses enfants. Il se faisait beaucoup de soucis pour le futur.

Je l’ai rencontré plusieurs fois et j’ai discuté avec lui sur sa vie et son espoir de s’en sortir. Une solution lui est apparue possible : avoir un petit commerce de produits de base. La boutique serait une cabane en bois installée au bord de la route dans un terrain vague dont il pouvait obtenir l’autorisation d’usage tant que le terrain ne serait pas vendu.

En quinze jours, la cabane a été faite, de la marchandise achetée, le tout pour 35 000 Rps (environ 400 € à l’époque). Cela a duré deux ans, mais son commerce n’était pas très rentable. Il gagnait 800 Rps par mois alors que sa femme en gagnait 1 200  (12 € à l’époque). Pourtant sa vie avait changé. Ses enfants étaient fiers de leur père et venaient le voir à la boutique qui était près de chez eux. Toutefois la vie restait très difficile matériellement.

Je constatais que les enfants, très intelligents, étaient en tête de classe, mais dans une école publique dont le niveau est généralement peu élevé en Inde. Les professeurs sont très mal payés et ont par nécessité un second travail.

C’est alors que j’ai pris contact avec Jean Hugon en lui proposant de trouver un parrainage, afin que la famille vive mieux et que les enfants puissent aller dans une école anglaise. Jean m’a donné son accord. J’ai pris un parrainage et ai trouvé un deuxième parrain. Les enfants ont ainsi pu s’inscrire dans leur nouvelle école.

Quatre ans après, le père a trouvé un travail sédentaire à la bibliothèque municipale, la mère fait toujours des ménages, et les enfants réussissent brillamment. L’aînée rentre en 4e, la seconde en 6e et le garçon en 7e. Tout aurait pu continuer sans l’intervention d’un voisin mal intentionné.

En effet, la famille a été expulsée de son logement à la suite de la plainte d’un de leurs voisins auprès de leur propriétaire. La famille de Ramappa est une famille de « dalits », c’est-à-dire sans caste. Ils sont donc impurs pour l’ensemble du voisinage !

Ils ont finalement pu retrouver un autre logement dans la rue voisine.

C’est alors que leur fille aînée est devenue pubère. Ceci constitue un événement capital en Inde qui s’accompagne d’une fête importante. Tout le voisinage en est immédiatement informé.

Mais la famille est inquiète à cause de la vétusté de son logement, de l’absence d’eau courante et de l’obligation d’aller près de la rivière pour les toilettes.

Un espoir toutefois. Ramappa avait reçu un petit terrain dans le village d’à-côté en cadeau de mariage. Or le gouvernement avait promis à certaines familles dont la sienne, il y a deux ans, de leur donner de l’argent pour construire une petite maison. En fait Ramappa a juste reçu assez pour faire les fondations ! Mais en avril 2014, ce seront les élections. Le gouvernement vient à nouveau de promettre une remise d’argent (100 000 Rps soit 1200 € par maison). Cette somme devrait être remise peu à peu ! Mais, pour l’instant, ce ne sont que des promesses électorales ! Mais cela aide à vivre !

Budget de la famille de Ramappa en 2013

Dépenses

1. Logement
800 Rps soit 10,25 €

2. Nourriture
3 200 Rps soit 41 €

3. Santé
700 Rps soit 9 €

4. Scolarité
3 162 Rps soit 40,6 €

5. Habillement/vacances
800 Rps soit 10,25 €

Total
8 662 Rps soit 111,1 €

Recettes

1. Salaire père

2 500 Rps soit 32,1 €

2. Salaire mère

2 000 Rps soit 25,6 €

3. Extra

400 Rps soit 5,1 €

4. IEA parrainage

4 500 Rps soit 57,7 €

Total

9 400 Rps soit 120,5 €

Commentaires

Les salaires sont faibles, car cette famille habite dans une bourgade où il y a peu de travail.
Une Carte de rationnement est attribuée à toute famille pauvre. Elle lui permet de se procurer des produits de première nécessité (riz, huile, sucre, kérosène…) à des prix subventionnés. Mais, par exemple, le riz est de la plus mauvaise qualité. Ramappa est obligé de le revendre à un hôtel qui l’utilise comme fonds de sauce !
L’éducation (école privée anglaise) revient très cher, et les prix augmentent fortement avec les classes.
Cette famille est toujours à la limite. Elle n’a pas d’économies et le moindre problème de santé ou de travail est catastrophique. C’est d’ailleurs ce qui s’est passé en 2013. Il y a eu des grèves et la famille n’a pas eu la totalité des salaires indiqués ci-dessus.
Enfin si IEA arrêtait son support, les enfants devraient immédiatement quitter l’école, alors qu’ils ont des résultats brillants.
Ce budget est tout à fait représentatif de celui de la plupart des familles. Il est vrai que certaines sont même plus précaires encore.