Société

Une enquête sur les jeunes femmes en  Inde : 2017

Beaucoup de femmes, suivies par notre Association, ont été mariées, contre leur gré, jeunes ou très jeunes et ont vécu un véritable calvaire. Mais ce sujet est tabou en Inde.
Selon la loi de 1954, une femme ne peut se marier officiellement que si elle a 18 ans révolu. Dans la réalité, 11,6 % des femmes indiennes sont mariées religieusement avant 18 ans, et leurs conditions de vie sont très dures.
Une étude a été menée par la MV Fondation*, qui s’occupe du bien-être des enfants.
Elle a porté sur 46 femmes mariées, âgées de 16 à 20 ans et mariées depuis plus de deux ans, dans l’état du Telangana, au travers d’interviews approfondies.
Les résultats, parus ce mois-ci, sont éloquents :
-89% sont abusées physiquement quasiment journellement
-73% des maris boivent quotidiennement
-85% de ces femmes disent ne jamais pouvoir voir leurs amies
-91% disent que leur mari rentre tard le soir, car ils voient leurs amis
-78% ont vu leur santé se détériorer depuis leur mariage, et 67% ne peuvent discuter
de ce problème avec leur mari
-78% ressentent que leur mari ne les supporte pas
-91% de leurs mères étaient illettrées.

 
Voici deux extraits d’interviews :
Renuka : J’ai été mariée j’avais juste 12 ans, avant n’avoir mes règles. J’ai été vivre dans la famille de mon mari et depuis je n’ai plus de paix. Je suis forcée de faire toutes les tâches domestiques et de m’occuper en plus des trois fils du frère de mon mari, qui vit avec nous.”
ShailajaMariée à 17 ans, du à une surcharge continue de travail, incluant de lourdes charges à porter, au manque de nourriture et aux abus physiques de mon mari, j’ai fait une première fausse- couche à six mois. Deux mois après, de nouveau enceinte, j’ai eu une fille, ce qui a rendu toute ma belle-famille furieuse. Six mois après, nouvelle grossesse et là mon mari et ma belle-mère m’ont obligée à faire un scanner qui a montré que c’était une fille. Donc ils m’ont obligée d’avorter. Quatre mois après, enceinte pour la quatrième fois, mon mari, qui boit, me bat régulièrement. M’étant plainte à ma mère, celle-ci m’a répondu que mon père la battait aussi et que je n’avais pas à me plaindre”.

*MVF India, Trust créé en 1981, est une institution de recherche sur les transformations sociales touchant les enfants et adolescents, basée à Segunderabad
www.mvfindia.in
Autre site sur le même sujet: www.girlsnotbrides.org

Les Veuves en Inde

À son mariage, la femme, généralement sans éducation et sans travail, souvent très jeune, va vivre dans la famille de son mari.

À la mort du mari, celui-ci n’assurant plus la subsistance de sa famille et de ses parents, la veuve peut être jetée à la rue avec ses enfants.Ses propres parents refusent souvent de la reprendre, car c’est à la fois une honte et une charge financière.
Perdant alors toute dignité, elle est contrainte à la mendicité et, pour les plus jeunes, à la prostitution.

Certains ashrams s’occupent d’elles, en particulier à Bénarès ou à Vrindavan, appelé souvent « la cité des Veuves ».

Être veuve en Inde reste donc une tare. Et généralement la belle-famille rend la veuve responsable de la mort de son mari. Jusqu’au début du siècle dernier, on les encourageait d’ailleurs à faire « Sati », c’est-à-dire à se jeter dans le bûcher élevé pour la crémation de son mari.

Le film Water de la cinéaste indienne Deepa Mehta illustre cette situation.

« Water de Deepa Mehta est un film magnifique. Le jeu de toutes les actrices de la Maison des veuves est exceptionnel : intimiste, douloureux, blessé, tendre, brutal. Le lyrisme fluide de la caméra provoque un troublant contraste avec les difficultés arides rencontrées par les personnages. Le film a des choses sérieuses et ambitieuses à dire sur l’écrasement des femmes par des dogmes sociaux et religieux atrophiés. Mais, et c’est tout à son honneur, le film raconte cette histoire de l’intérieur, accentuant ainsi le drame humain de leur existence, et nous touchant droit au cœur ».

Salman Rushdie

 

Les femmes en Inde

  • Nous recommandons également le film de David Muntaner diffusé par Arte en 2013 : “L’Inde qui n’aimait pas les femmes” visible sur You Tube.

 

  • Le distributeur indépendant de films d’art et d’essai Pyramide distribution sort le 20 avril 2016, le film indien ” La saison des femmes” de Leena Yadav dans les salles françaises.

 

C’est un film sur le destin de quatre femmes, de nos jours, dans un petit village de l’état du Gujarat. Plus largement, il dépeint les conditions de vie, les injustices, les violences faites aux femmes dans ces villages. C’est un film plein d’espoir à ne pas manquer.

Une photo du film :

 

La saison des femmes

La saison des femmes

 

Le système des castes

Le système des castes en Inde

 

La constitution indienne de 1950 a interdit toute discrimination entre les castes, mais, contrairement à ce qu’on a tendance à croire, elle ne les a pas abolies et paradoxalement, dans l’opinion indienne, l’importance de la caste n’a fait que croître.  

60 % des Indiens lui donnent aujourd’hui une place essentielle, contre 40 % seulement au moment de l’indépendance.

Le système des castes vient de la religion hindoue et, en dehors des minorités religieuses (Jaïns, Sikhs, Parsis, Musulmans, Bouddhistes, Chrétiens….) qui rejettent ce système, la population est traditionnellement organisée de la manière suivante :

  • les Brahmanes (prêtres – enseignants – lettrés) au sommet de la hiérarchie,
  • Les khastriya (celui qui a le pouvoir temporel : roi, princes et guerriers)
  • Les Vaishya (artisans — paysans — bergers – commerçants)
  • Les Shudra (serviteurs – le reste de la population, sauf les intouchables).

Les intouchables, encore appelés Paria, Harijan, Depressed Caste, sont aujourd’hui regroupés sous le terme « Dalits ». Accomplissant des tâches qualifiées d’impures par l’hindouïsme, ils ont été de fait rejetés de la société et du système des castes, mais aucun texte sacré ne fait référence à l’intouchabilité.

L’appellation « Dalit » est ressentie comme très péjorative dans le sud de l’Inde, et il lui est substitué le terme « Adi Dravida », qui fait référence aux dravidiens (peuples premiers de cette région).

Depuis le début, la constitution indienne a pratiqué une « discrimination positive » et voulu accorder quelques avantages aux plus démunis ». Ces dispositifs successifs ont poussé à l’établissement d’un classement administratif très complexe de la population.

Nous sommes là dans un classement administratif et non plus dans le système des castes lui-même, mais ce classement recoupe bien entendu le système des castes et nous y trouvons les personnes appartenant essentiellement aux deux castes « inférieures » ci-dessus mentionnées.

Ce classement se présente de la manière suivante :

  • Les SC (Scheduled Castes) composées de Dalits,
  • les ST (Scheduled Tribes) (700 tribus environ).
  • les OBC (Others Backward Classes)

Les OBC ont en outre été subdivisées en

  • BC (Backward Classes)
  • et MBC (Most Backward Classes).

 

Seules les BC sont éligibles aux politiques de discrimination positive et bénéficient de bourses d’études. On y trouve notamment des convertis chrétiens et musulmans.